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Le Trésor de l’Entente Cordiale : interview de Stephen Clarke

InterviewStephen Clarke, historien et écrivain anglais à succès, a rédigé une partie traitant de l’histoire qui a conduit Emile Loubet et Edward VII à la création de l’Entente Cordiale pour la chasse au Trésor de l’Entente Cordiale.

Il a gentiment accepté de nous donner une interview et nous aide à mieux comprendre l’Entente cordiale, qui est le cadre de la chasse au trésor, nous parle du coffret, enjeu de la chasse…

L’interview (le 30/01/2021) :

ChAT :
J’ai consulté votre biographie, vous êtes à la fois historien et écrivain, spécialiste des relations britanniques et françaises ? Vous êtes Britannique, mais vous vivez en France ?

Stephen :
Oui, c’est ça, depuis longtemps, depuis une vingtaine d’années maintenant.

ChAT :
Vous pouvez m’en dire un peu plus sur vous ?

Stephen :
Oui bien sûr, je suis écrivain britannique, j’ai été journaliste dans un magazine anglophone avant d’écrire un roman en 2004 qui en français s’appelle « God save la France » et en anglais « A year in the Merde », roman qui a été un grand succès et qui m’a permis de quitter mon emploi et de devenir écrivain à plein temps.
Depuis, j’ai écrit sept ou huit romans comiques, principalement avec un héros anglais qui ne parle pas français, qui ne comprend pas la France. Il fait différentes choses : il essaie de travailler dans une entreprise française et il ouvre un salon de thé anglais à Paris, il essaie de devenir fonctionnaire français. Il fait plein de choses comme ça.
J’ai aussi écrit des livres d’histoire. Le premier, il s’appelait en français « 1000 ans de mésentente cordiale » et c’était une sorte de longue lettre d’excuse de la part d’un Britannique envers les Français parce que depuis mille ans, il me semblait que notre sport national avait été d’énerver les Français à chaque opportunité. En fait, la première chose qu’un roi anglais qui parlait anglais au lieu du normand a faite, c’était d’envahir la France. C’était Édouard III, c’était le premier roi anglais à parler en première langue l’anglais et qu’est-ce qu’il a fait ? Il a envahi la France, et depuis on n’a pas cessé de vous embêter, non seulement en essayant de battre Napoléon, mais avec tout, absolument tout.
J’écris d’autres livres qui explorent à peu près le même thème, dont celui pour lequel Michel Becker m’a contacté, qui s’appelle « Édouard VII, un roi anglais made in France », qui parle du fils de la reine Victoria qui était une sorte de prince Charles ou, exemple plus moderne, le prince Harry. Ça veut dire quelqu’un qui n’avait pas grand-chose à faire en attendant que l’histoire se déroule. Édouard VII savait qu’il deviendrait roi dès la mort de sa mère. Mais sa mère a vécu éternellement, et il est donc devenu roi à l’âge de presque 60 ans.
Entre temps, il s’est beaucoup amusé en France, avec des actrices, avec des danseuses de cancan, avec des femmes d’aristos. Mais en même temps, et c’est ça qui m’a intéressé parce que c’est un peu un exemple pour tous les expatriés anglais en France, il a appris le français et il est devenu francophile. À son époque, c’était un des rares francophiles en Grande-Bretagne, parce que la famille royale anglaise était allemande. Et contre le courant de l’histoire, Édouard a été francophile et en faveur d’une alliance avec la France quand tout annonçait une alliance avec Allemagne contre la France, ce qui aurait été catastrophique pour l’Europe. Et il a résisté.
Ce qui m’intéresse dans l’histoire, c’est de re raconter les histoires que l’on pense connaitre, parce qu’on pense connaitre Édouard VII comme une sorte de roi playboy, qui n’a rien fait d’important avant sa mort en 1910. Et tout le monde pense qu’il n’a pas pu voir venir la Première Guerre. C’était une époque de garden-party. Mais en fait non, il a passé son temps a essayer de calmer le Kaiser et éviter la guerre.
Je ne suis pas un historien classique, ce qui m’intéresse c’est de re raconter des histoires selon un angle nouveau.

ChAT :
Michel Becker vous a contacté pour cette connaissance-là.

Stephen :
Oui c’est ça. J’ai fait pas mal de choses autour de « l’Entente cordiale ».
Même si y a des gens qui me critiquent parce qu’ils pensent que je suis francophobe et que je me moque des Français, quand je leur réponds, ce qui n’est pas toujours le cas, je leur dis : mais moi je suis Parisien avant tout, peut-être même plus Parisien que vous. Je suis là depuis 27 ans, maintenant. Je vis à la française. Mais oui, je trouve qu’il y a des choses marrantes à raconter sur la façon de travailler et les différences entre nos cultures.
J’ai fait pas mal de choses autour de l’Entente cordiale aussi, ça m’intéresse beaucoup. J’ai fait un spectacle « L’Entente cordiale en paroles et musique » que j’ai écrit pour le château d’Hardelot à côté de Boulogne-sur-Mer. Ce château abrite le centre culturel de l’Entente cordiale, qui est un musée qui a été inspiré et que j’ai aidé à créer autour de mon livre « 1000 ans de mésentente cordiale ». C’est-à-dire : vous entrez dans le château avec Guillaume le Conquérant et vous sortez par le tunnel sous la Manche, si j’ose dire. J’ai aussi créé une pièce de théâtre pour la radio autour de la signature de l’Entente cordiale.
Michel Becker a lu mon livre et il m’a raconté que, quand il a trouvé ce trésor (note de ChAT le coffret, enjeu de la Chasse au trésor de l’Entente cordiale) vraiment ancré dans l’histoire de l’Entente cordiale, il m’a contacté parce qu’il voulait absolument que l’on raconte l’histoire même de cet objet et de son importance, l’importance de l’époque, mais sous un angle un peu vivant. Parce que les historiens conventionnels sont très érudits, mais peuvent être un peu lourds à lire. Moi, j’essaie d’abord de communiquer les idées historiques de façon amusante. Je ne me prive pas de me moquer parfois des personnages. Le Kaiser, par exemple, il le mérite amplement, c’était un clown terrible.

ChAT :
Vous, les chasses au trésor, vous connaissiez ?

Stephen :
Les chasses au trésor ?
Non je n’ai jamais essayé. J’étais au courant de la « Chouette d’Or » et avant ça d’une grande chasse au trésor, très célèbre en Angleterre « le lièvre en or » (note de ChAT : Masquerade). Et j’ai suivi vaguement cette histoire de l’Américain (note de ChAT : Forrest Fenn) qui avait caché dans une vallée, dans le désert américain, un million de dollars en or, mais sinon je ne connais pas très bien les chasses au trésor.
J’ai contribué au livre sur un chapitre historique et puis j’ai relu et corrigé tout le texte du livre anglais, y compris l’histoire à la fin et le texte de Michel Becker qui raconte sa fascination pour le trésor.

ChAT :
Et ce coffret, vous le connaissiez ?

Stephen :
Non, non, le coffret même je ne l’avais jamais vu.
Mais la visite de Loubet, oui, l’entente personnelle entre Édouard VII et Loubet et leurs échanges de cadeaux, les diners qu’ils ont eus, j’étais au courant. Je n’aurais jamais imaginé que ce coffret soit dans le domaine public, si je puis le dire comme ça. Je ne pensais pas que quelqu’un pourrait posséder cela. Je pensais qu’il était dans un musée quelque part, ou perdu. Donc, lorsque Michel m’a emmené pour le voir, le toucher et puis lire le texte qui est dedans, j’étais très étonné. Le coffret est dans un état merveilleux, c’est un énorme, lourd morceau d’or. C’est étonnant.

ChAT :
Savez-vous si la chasse au trésor l’Entente cordiale a beaucoup d’écho en Grande-Bretagne ?

Stephen :
Oui ça commence. Le week-end dernier, de grands journaux nationaux, tels que le Telegraph, ont fait des articles et des journalistes m’ont contacté. Je dois faire une interview avec une radio anglaise. Ça commence tout juste.

ChAT :
Vous pensez que la chasse au trésor pourrait rapprocher les Anglais et les Français en plein Brexit ?

Stephen :
Il nous faut quelque chose pour nous rapprocher, parce que les politiciens anglais font tout ce qu’ils peuvent pour se couper du monde.
Je n’ai jamais, jamais vécu ça.
Les politiciens mettent des barrières entre nous et nous déstabilisent, ainsi que nos relations. Donc une chasse au trésor entre les deux pays peut amener des gens à travailler ensemble et se réunir pour trouver le trésor, et que ça soit une vraie entente comme l’Entente cordiale, en dehors de la politique. Comme à l’époque de l’Entente cordiale, c’était un peu inattendu. Il y avait des gens qui voulaient sérieusement mettre des barrières entre les Anglais et les Français, politiquement, en 1904.

ChAT :
Michel Becker m’a dit que vous aviez quelques anecdotes sur l’Entente cordiale ?

Stephen :
C’était une époque où les personnalités politiques avaient beaucoup plus de pouvoir. Édouard VII était juste roi d’Angleterre, mais il avait une énorme influence sur la politique internationale parce que son neveu était le Kaiser d’Allemagne. Un autre neveu était le Tsar de Russie donc, en fait, beaucoup de la politique se faisait d’abord dans la famille et entre visites personnelles. Édouard VII, il a même su appliquer ça à des relations. Il a utilisé une de ses ex-maitresses pour faire de la politique. Quand il est venu à Paris en mai 1903, il y avait de telles tensions entre l’Angleterre et la France que l’on craignait un assassinat politique. Mais Édouard est sorti en ville et, un soir au théâtre, pendant l’entracte, comme par coïncidence, il tombe sur une actrice qui s’appelle Jeanne Granier, une de ses anciennes maitresses et devant tous les gens dans les couloirs du théâtre pendant l’entracte, il fait un discours en français à cette dame en disant : « pour moi vous avez toujours représenté la grâce et l’élégance de cette merveilleuse France », quelque chose comme ça.
Et le lendemain, les journaux qui avaient dit « ah ! ces Anglais on n’en veut plus, on ne veut pas de ce roi, qu’il rentre chez lui », ces mêmes journaux étaient en train de dire : « mais quel homme galant ! Quel francophile ! Vive l’Angleterre ! ».
Avec un petit entretien, bien organisé, avec une ex-maitresse, il a changé le courant de la politique, c’était vraiment très étonnant.
Et il avait monté tout ça avec le président français Émile Loubet.
Les deux hommes ont fait pareil juste avant ça : ils ont organisé une rencontre contre l’avis des ministres anglais avec Édouard VII qui passait en bateau – il était en route entre le Portugal et l’Italie. Édouard VII savait très bien que Loubet serait en Afrique du Nord, il passe devant et Loubet signale sa présence et on organise un petit échange de messages. Édouard VII annonce à ses ministres « ah tiens ! Je suis invité en personne par le président français, à Paris, j’y vais (eux, ils étaient furieux), je ne peux pas refuser, ce serait malpoli ». Et encore une fois c’était personnel, entre deux personnes, pour changer le cours de l’histoire. Et c’est ça qui est étonnant avec l’Entente, c’est vraiment une histoire de personnalités. Ce n’est pas comme de grands traités ou des conférences, c’était de personne à personne. C’est très intime, presque. Mais malgré ce côté personnel, le résultat était énorme, l’entente cordiale a préservé la paix en Europe pendant dix ans et a garanti que la France et l’Angleterre serait du même bord pendant deux guerres mondiales.

Un grand merci à Stephen Clarke !
Retrouvez toutes les informations et son œuvre sur son site officiel.

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